EXPÉRIENCE · PAS-DE-CALAIS

PATRIMOINE ET HISTOIRE

Châteaux, beffrois, abbayes et mémoire

PATRIMOINE ET HISTOIRE
Photo : FrDr — Citadelle d’Arras — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Le récit

Le Pas-de-Calais est un département que l’histoire a traversé comme un champ de bataille, au sens propre, plus souvent et plus durablement que presque n’importe quel autre territoire français. Sa position géographique, porte de l’Angleterre et verrou de la route entre Paris et les Flandres, en a fait pendant des siècles l’enjeu de conflits dont les traces s’accumulent dans le paysage et dans la mémoire collective avec une densité qui n’a pas son équivalent en France. Les Romains y construisirent leurs voies et leurs ports, les Normands y débarquèrent avant de conquérir l’Angleterre, les rois de France et d’Angleterre s’y disputèrent pendant des siècles la suzeraineté de territoires qui changeaient de souverain au gré des batailles et des traités, les armées de Louis XIV y menèrent leurs sièges méthodiques, Napoléon y assembla sa Grande Armée en attendant un débarquement en Angleterre qu’il n’effectua jamais, et deux guerres mondiales y laissèrent des cicatrices que le siècle écoulé n’a pas entièrement refermées. Cette accumulation de mémoires guerrières n’épuise pas le patrimoine du Pas-de-Calais, elle en est simplement la trame la plus visible, celle sur laquelle se brodent les dentelles gothiques des cathédrales, les façades flamandes des places de marché et les silhouettes des beffrois.

Arras est la ville patrimoine par excellence du département, une cité dont le centre historique reconstitué après les destructions de la Première Guerre mondiale constitue l’un des ensembles urbains les plus cohérents et les plus beaux du nord de la France. Ses deux places monumentales, la Grand-Place et la Place des Héros, entourées de maisons flamandes à pignons à gradins et à arcades du XVIIe et XVIIIe siècle forment un espace urbain d’une qualité architecturale que les reconstitutions d’après-guerre ont paradoxalement préservée : en reconstituant à l’identique ce que les bombardements avaient détruit, les architectes de la reconstruction ont créé une cohérence stylistique que les transformations successives du XIXe siècle auraient certainement altérée. La cathédrale Saint-Vaast et son abbaye bénédictine, reconstruites au XVIIIe siècle dans un style néoclassique d’une sévérité lumineuse, abritent un musée des beaux-arts dont la collection de peintures flamandes et françaises est l’une des plus importantes du nord de la France, une collection constituée en grande partie avec les œuvres saisies dans les abbayes supprimées à la Révolution et qui donne à ce musée une profondeur historique que peu d’institutions régionales peuvent revendiquer.

Montreuil-sur-Mer est l’autre joyau patrimonial du département, une ville fortifiée perchée sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Canche, dont les remparts construits et remaniés par Vauban au XVIIe siècle sont parmi les mieux conservés du nord de la France. Ses ruelles pavées, ses maisons de grès et de brique, sa citadelle que les promeneurs arpentent sur plusieurs kilomètres en dominant les plaines agricoles du Ponthieu — tout contribue à faire de Montreuil une ville-musée vivante où le temps semble s’être arrêté à un moment difficile à dater précisément, quelque part entre le XVIe et le XIXe siècle. Victor Hugo y situa une partie des Misérables, le maire Madeleine n’est autre que Jean Valjean en fuite, et la ville réelle servit de décor à une fiction qui a elle-même contribué à construire l’image romantique de Montreuil dans l’imaginaire des lecteurs du monde entier. Le patrimoine de la Grande Guerre innerve tout le département, les cimetières militaires qui ponctuent les champs de l’Artois, le mémorial canadien de Vimy dont les pylônes blancs se voient de loin sur leur colline de craie, l’anneau de la mémoire de Notre-Dame-de-Lorette qui porte gravés les noms de cinq cent soixante-dix-huit mille soldats tombés dans le Nord de la France, constituent ensemble un paysage mémoriel d’une ampleur et d’une gravité qui transforment toute randonnée dans l’Artois en pèlerinage involontaire.

Le saviez-vous ?
La colonne de la Grande Armée, érigée entre 1804 et 1841 sur les hauteurs de Wimille près de Boulogne-sur-Mer, marque l’emplacement du camp de Boulogne où Napoléon concentra entre 1803 et 1805 une armée de cent cinquante mille hommes et deux mille embarcations en vue d’un débarquement en Angleterre qui ne fut jamais tenté. C’est dans ce camp que furent créées les premières légions d’honneur, distribuées par Napoléon lui-même lors d’une cérémonie grandiose le 16 août 1804, un geste fondateur de la décoration la plus prestigieuse de France, né sur les falaises du Pas-de-Calais dans l’attente d’une invasion qui n’eut jamais lieu et qui fut finalement abandonnée après la victoire britannique de Trafalgar en octobre 1805.

Département : Pas-de-Calais

Situation

50,2910° N · 2,7775° E