EXPÉRIENCE · PAS-DE-CALAIS

SAVOIR-FAIRE

Dentelle, faïence, artisanat et métiers d'art

SAVOIR-FAIRE
Photo : Pierre André Leclercq — Métiers à dentelle — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA. commons.wikimedia.org

Le récit

Le Pas-de-Calais est un département qui a fabriqué des choses, des choses utiles, des choses belles, des choses que le monde entier a portées, mangées, construites ou utilisées sans toujours savoir qu’elles venaient de là. Cette discrétion dans la production est peut-être la marque la plus caractéristique du savoir-faire du Nord, un savoir-faire qui ne s’est jamais beaucoup mis en scène, qui a préféré l’excellence silencieuse à la réputation bruyante, et qui a traversé les siècles d’industrialisation et de désindustrialisation en se réinventant avec une ténacité qui ressemble au caractère de ceux qui l’exercent. Des dentelles de Calais aux porcelaines de Saint-Omer, des verreries d’Arques aux cristalleries de la vallée de la Canche, des chantiers navals de Boulogne aux ateliers de maroquinerie du Boulonnais, le Pas-de-Calais a toujours été un pays de mains expertes, de tours de main transmis et de matières premières transformées avec une intelligence du geste qui résiste aux automatisations successives parce qu’elle s’adapte plutôt qu’elle ne capitule.

La dentelle de Calais est le savoir-faire le plus mondialement reconnu du département, et peut-être l’un des plus mal connus dans sa réalité productive, parce que le nom de Calais sur une étiquette de lingerie évoque davantage le luxe et la séduction que les métiers Leavers qui cliquettent dans les ateliers du quartier Saint-Pierre depuis deux cents ans. Ces métiers, inventés en Angleterre par John Leaver en 1813 et introduits clandestinement à Calais par des ouvriers anglais qui traversèrent la Manche avec leurs plans dissimulés dans des ballots de coton, sont des machines d’une complexité mécanique stupéfiante, plusieurs milliers de pièces en mouvement simultané, guidées par des cartons perforés qui programment les motifs comme les premiers ordinateurs programmaient leurs calculs, produisant des dentelles d’une finesse que les machines modernes n’ont jamais su égaler malgré des décennies de tentatives. Les régleurs qui entretiennent et règlent ces métiers sont des techniciens d’exception dont le savoir ne s’apprend pas dans les manuels mais dans les ateliers, par compagnonnage, par observation et par des années de pratique aux côtés des anciens — un savoir incorporé, logé dans les mains et dans l’œil autant que dans la tête, qui fait de chaque régleur un artisan irremplaçable dans le sens le plus littéral du terme.

La verrerie d’Arques, aujourd’hui Arc International, est l’autre grand savoir-faire industriel du Pas-de-Calais, né en 1825 dans un village du Boulonnais et devenu au XXe siècle le premier fabricant mondial de verrerie de table. La fabrication du verre soufflé et pressé selon des techniques perfectionnées pendant deux siècles dans les ateliers d’Arques a produit des générations d’ouvriers verriers dont la maîtrise du feu, du moule et du verre en fusion constitue un savoir-faire d’une précision que la mécanisation n’a pas rendu obsolète mais a au contraire valorisé, les lignes automatiques les plus modernes ne produisent bien que si les hommes qui les supervisent comprennent intimement la matière qu’elles transforment. La brasserie artisanale connaît dans le Pas-de-Calais une renaissance remarquable depuis les années 1990, des dizaines de microbrasseries ont ouvert dans les fermes, les anciennes usines et les centres-villes, proposant des bières de garde, des saisons, des IPA et des stouts qui renouvellent une tradition brassicole flamande que la concentration industrielle du XXe siècle avait failli réduire à quelques grandes marques nationales. Ces brasseurs artisanaux travaillent souvent avec des houblons locaux et des eaux de source du Boulonnais, cherchant dans leur terroir des caractères que les bières industrielles ont depuis longtemps abandonnés.

Le saviez-vous ?
Les métiers à dentelle Leavers de Calais sont classés au titre des monuments historiques, une reconnaissance patrimoniale exceptionnelle pour des machines industrielles, qui dit l’importance culturelle et technique de ces instruments dans l’histoire du savoir-faire français. Il en subsiste environ deux cent cinquante en activité à Calais, sur les plusieurs milliers qui fonctionnaient au début du XXe siècle, un parc machine en voie de raréfaction irréversible, puisque les entreprises qui fabriquaient ces métiers ont toutes cessé leur activité et que chaque machine tombée en panne irréparable réduit définitivement la capacité de production de la dentelle de Calais. La survie de ce savoir-faire dépend donc directement de la survie de ces machines centenaires et des hommes qui savent encore les réparer, une fragilité patrimoniale qui a conduit au classement et qui justifie les efforts de formation et de transmission engagés par les dernières maisons de dentelle calaisienne.

Département : Pas-de-Calais

Situation

50,2910° N · 2,7775° E