EXPÉRIENCE · FORT-DE-FRANCE (MARTINIQUE)

Se promener dans le jardin de la Savane

Flâner sous les palmiers de ce grand parc central, lieu de vie incontournable de la capitale martiniquaise.

Se promener dans le jardin de la Savane
Photo : David Stanley — Wikimedia Commons — Licence CC BY 2.0. commons.wikimedia.org

Le récit

a Savane est le poumon vert de Fort-de-France, et comme tous les poumons, on ne la remarque vraiment que lorsqu’on en a besoin. Ce parc de cinq hectares en plein cœur de la capitale martiniquaise, bordé au nord par la rue de la Liberté, à l’est par la baie, au sud par le fort Saint-Louis dont les remparts plongent dans la mer — est un de ces espaces que les villes créoles ont su préserver avec une sagesse que les urbanistes du XX᷈ siècle auraient pu leur envier. On y trouve des flamboyants centenaires dont les frondaisons rouge orangé explosent en juin et juillet au-dessus des pelouses, des cocotiers qui penchent vers la mer comme des curieux, des bancs sous des tamariniers où les joueurs de dominos s’installent dès le matin et où les retraités lisent France-Antilles à l’ombre sans que personne ne les dérange, des enfants qui courent entre les fontaines, des vendeurs de jus de canne et de sorbets coco qui ont leurs emplacements depuis des décennies et qui font partie du paysage au même titre que les arbres.
Au centre de la Savane trône la statue décapitée de l’impératrice Joséphine, ou plutôt ce qu’il en reste, car la tête a été sectionnée dans la nuit du 21 septembre 1991 et n’a jamais été retrouvée ni remplacée, transformant le monument en une œuvre involontairement éloquente sur les ambiguïtés de la mémoire coloniale. Joséphine de Beauharnais, née Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie à Trois-Îlets en 1763, est à la fois la fille la plus illustre de la Martinique et l’une des figures les plus controversées de son histoire, car son influence supposée sur Napoléon dans le rétablissement de l’esclavage en 1802, que les historiens nuancent aujourd’hui sans l’effacer totalement, a fait de sa statue un symbole disputé. Se promener devant ce socle sans tête, c’est comprendre que la Martinique n’a pas encore fini de négocier avec son passé, et que la Savane est aussi, sous ses apparences de jardin tranquille, un lieu de mémoire vive.

Le saviez-vous ?
Joséphine de Beauharnais est la seule native des colonies françaises à être devenue impératrice de France. Née à la Martinique en 1763 dans une famille créole de petite noblesse, elle épousa en premières noces le vicomte Alexandre de Beauharnais, guillotiné sous la Terreur, avant de rencontrer Napoléon Bonaparte en 1795 et de l’épouser l’année suivante. Couronnée impératrice en 1804 à Notre-Dame de Paris, elle fut répudiée en 1809 par Napoléon qui souhaitait un héritier, ne pouvant lui en donner. Elle mourut en 1814 à Malmaison, où elle avait créé l’un des plus beaux jardins botaniques d’Europe, réunissant des plantes du monde entier — dont de nombreuses espèces tropicales originaires de sa Martinique natale, qu’elle ne revit jamais après son départ pour la France à l’âge de seize ans.

Commune : Fort-de-France (Martinique)

Situation

14,6072° N · 61,0695° O