EXPÉRIENCE · FORT-DE-FRANCE (MARTINIQUE)

Visiter la cathédrale Saint-Louis

Admirer son architecture métallique remarquable, inspirée des techniques de Gustave Eiffel, au cœur du centre-ville.

Visiter la cathédrale Saint-Louis
Photo : Thérèse Gaigé — Wikimedia Commons — Licence CC0 1.0 (domaine public). commons.wikimedia.org

Le récit

Elle a brûlé, elle a tremblé, elle s’est effondrée, et chaque fois elle est revenue. La cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France est à l’image de la ville qui l’abrite : une construction qui n’a jamais cessé de recommencer, rebuilte six fois depuis la première chapelle de bois érigée au XVII᷈ siècle sur ce même emplacement, détruite par les incendies de 1671, 1679, 1703 et 1766, par le tremblement de terre de 1839, par le cyclone de 1891, avant que la version actuelle, commencée en 1895 sous la direction de l’ingénieur militaire Henri Picq, le même qui avait conçu la Bibliothèque Schoelcher, ne s’impose enfin dans la durée avec ses murs de béton armé et sa charpente métallique habillée de brique rouge. Le résultat est une cathédrale néo-gothique aux proportions généreuses, soixante-dix mètres de long, un clocher de cinquante-cinq mètres qui domine les toits de Fort-de-France depuis plus d’un siècle, dont la silhouette familière est devenue indissociable du paysage urbain de la capitale martiniquaise au point que les habitants ne l’imaginent plus absent, comme on n’imagine plus un visage sans ses traits essentiels.
À l’intérieur, la lumière filtrée par les vitraux teinte les colonnes de fonte d’un jaune et d’un bleu qui transforment l’espace selon l’heure du jour — dorée et chaude le matin quand le soleil entre par les fenêtres orientales, plus froide et recueillie l’après-midi quand la lumière vient du nord. Les messes dominicales y rassemblent une assemblée qui chante avec une ferveur et une musicalité que les paroisses métropolitaines ont rarement, le chœur martiniquais ajoutant aux cantiques traditionnels des harmonies qui doivent autant à la polyphonie créole qu’au plain-chant romain. C’est dans ces moments-là, quand la cathédrale est pleine et que le chant monte sous la voûte métallique, que le bâtiment révèle sa vraie nature : non pas un monument à contempler, mais un espace vivant habité par une communauté qui en a fait, siècle après siècle, le cœur sonore de sa vie collective.

Le saviez-vous ?
La cathédrale Saint-Louis abrite les tombes de plusieurs gouverneurs de la Martinique et de personnalités marquantes de l’histoire coloniale de l’île, dont certaines datent des premières versions de l’édifice et ont survécu aux destructions successives grâce au soin pris de les conserver lors de chaque reconstruction. Parmi les curiosités architecturales de l’édifice actuel, la charpente métallique de la nef, contemporaine de celle de la tour Eiffel et utilisant les mêmes techniques de construction en fer puddlé, est un témoignage remarquable de l’ingénierie de la fin du XIX᷈ siècle appliquée à l’architecture religieuse tropicale : les concepteurs avaient dû tenir compte non seulement du poids des matériaux et des charges habituelles, mais aussi de la résistance aux vents cycloniques et aux secousses sismiques, contraintes inconnues des cathédrales gothiques européennes dont Saint-Louis s’inspire pourtant formellement.

Commune : Fort-de-France (Martinique)

Situation

14,6072° N · 61,0695° O