EXPÉRIENCE · FORT-DE-FRANCE (MARTINIQUE)

Visiter la Bibliothèque Schoelcher

Admirer ce joyau architectural unique, mêlant influences byzantines et Art nouveau, symbole de l'histoire de l'abolition de l'esclavage.

Visiter la Bibliothèque Schoelcher
Photo : Deborah Doquin — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Le récit

Il y a des bâtiments qui résument à eux seuls toute l’ambition d’une époque, et la Bibliothèque Schoelcher est de ceux-là. Construite pour l’Exposition universelle de Paris de 1889, la même qui vit naître la Tour Eiffel, cette structure de fonte et de verre conçue par l’architecte Pierre-Henri Picq fut d’abord montée à Paris, admirée, démontée pièce par pièce, chargée sur un bateau et traversa l’Atlantique pour être remontée à Fort-de-France, où elle ouvrit ses portes en 1893. Ce voyage transatlantique d’un bâtiment entier, ses éléments numérotés comme un puzzle géant dans les cales d’un navire, est à lui seul une métaphore de ce qu’était la Martinique à la fin du XIX᷈ siècle : une île que la France regardait avec assez d’estime pour lui envoyer ce qu’elle avait de mieux, et qui recevait ces cadeaux métropolitains avec la complexité propre à une société coloniale cherchant encore les termes de son identité. L’édifice est aujourd’hui classé monument historique, et sa façade de fonte peinte en bleu et rouge, ses arches ajourées, ses colonnes qui jouent avec la lumière des Tropiques d’une manière que Pierre-Henri Picq n’avait peut-être pas pleinement imaginée sous le ciel gris de Paris, en font l’un des exemples les plus singuliers d’architecture éclectique de toute la Caraïbe.
À l’intérieur, la bibliothèque conserve des fonds exceptionnels sur l’histoire de la Martinique et des Antilles, archives coloniales, cartes anciennes, collections de journaux du XIX᷈ siècle, fonds photographiques, qui en font un lieu de mémoire autant qu’un lieu de lecture. Le nom qu’elle porte n’est pas un hasard : Victor Schoelcher, le député alsacien qui porta le décret d’abolition de l’esclavage de 1848, avait légué sa bibliothèque personnelle à la Martinique en signe de fraternité, et c’est dans cet édifice conçu pour les idéaux de la République universaliste que cette collection trouva sa demeure définitive, une double histoire, architecturale et politique, qui donne à chaque visite une épaisseur particulière.

Le saviez-vous ?
Victor Schoelcher, dont la bibliothèque personnelle constitue le fonds originel de l’établissement, n’a jamais mis les pieds en Martinique avant d’en devenir l’un des représentants les plus célèbres. C’est depuis Paris qu’il mena pendant des années son combat abolitionniste, voyageant aux Antilles et en Afrique pour documenter les conditions de l’esclavage, puis rédigeant les rapports et les discours qui aboutirent au décret du 27 avril 1848 signé par le gouvernement provisoire de la II᷈ République. Ses cendres reposent au Panthéon depuis 1949, mais c’est en Martinique que son nom est le plus vivant : une commune lui est dédiée (Le Lamentin avait d’abord été rebaptisée Schoelcher en son honneur avant qu’une commune distincte ne prenne ce nom), une place, un lycée, et cette bibliothèque qui porte sa mémoire dans ses rayonnages de fonte bleue, face à la cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France.

Commune : Fort-de-France (Martinique)

Situation

14,6072° N · 61,0695° O